Coder à la main, comme conduire à la main
Tu codes encore à la main ? Tu conduis encore à la main ?
C'est assez fou ce genre de phrase. Je n'aurais jamais imaginé les prononcer il y a 15 ans.
Pourtant le levier des outils à notre disposition est tellement énorme que j'ai du mal à comprendre pourquoi la bascule n'est pas plus rapide. Peur de perdre le contrôle ?
Habitude ? Ou simplement le confort de faire comme avant tant que la pression business ne force pas à changer.
Et même : quel plaisir prennent encore les développeurs à taper des lignes de code ?
Notre plaisir c'est plutôt d'apprendre pour construire des choses qui répondent à des besoins, non ?
Pourtant je vois encore pas mal de développeurs revendiquer cette approche craft, ce côté fait à la main. Est-ce que ça a du sens pour quelque chose qui peut être copié à l'infini comme du code ?
Je peux le comprendre pour le tonnelier qui fabrique son fût en chêne. Vous entrez dans sa boutique, ça sent bon et vous avez face à vous un objet unique. Le code, lui, n'est pas unique. Ce qui l'est, ce sont les choix : quoi construire, dans quel ordre, avec quels compromis. L'architecture, le produit, la compréhension du besoin. Pas la syntaxe.
Automatiser l'écriture du code ne tue pas le métier. Ça déplace la valeur vers ce qui reste difficile à copier : la décision, la vision, le feedback avec le terrain. Le craft pourrait devenir ça. Ou pas.
L'ingénierie logicielle va de plus en plus récompenser ceux qui ont de la vision et savent déléguer l'exécution aux machines. L'IT était un des derniers bastions où l'on pouvait être un exécutant — bien payé, en télétravail, reconnu — sans porter la responsabilité du cap. C'est en train de se terminer.
La question qui me reste : dans cinq ans, est-ce qu'on regardera encore "écrire du code à la main" comme un signe de sérieux, ou comme un luxe que plus personne ne s'offre ?